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AICA.ch c/o Eveline Suter
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AKTUELL

Generalversammlung

Samstag, 8.7.2017, 11.30 Uhr
im Nairs
Anschliessend Wanderung in der Nähe von Scuol.

Workshop 2017

Sonntag, 26.11.2017

La Fondation de l'Hermitage à Lausanne consacre une importante rétrospective à Marius Borgeaud jusqu'au 25 octobre 2015

Petit maître ou grand peintre ?

Marius Borgeaud (1861 - 1924). Né en Suisse, Marius Borgeaud hérita d’une grande fortune qu’il dilapida. Arrivé à la quarantaine, il se tourna vers la peinture pour gagner sa vie. Curieusement il semble y être parvenu rapidement. Après quelques hésitations autour du paysage post-impressionniste. Il se spécialisa dans les scènes d’intérieur, les mairies, les pharmacies ou même les galeries d’art, sans oublier bien sûr les natures mortes. Tout à fait français d’esprit et peu attaché à son pays d’origine, il garda pourtant des liens avec des compatriotes comme Edouard Morerod, Félix Vallotton et Paul Vallotton.Les critiques de l’époque le situèrent entre les atmosphères intimes et acides de Vallotton et la naïveté du Douanier Rousseau qui rencontrait un écho énorme au début du XXe siècle et dont l’œuvre était connue de Borgeaud. Des rapprochements confirmés aujourd’hui ; quelques toiles de ces deux artistes ont été discrètement glissées dans les salles et l’on constate qu’elles s’intègrent fort bien. Après une brève carrière d’une vingtaine d’années, Borgeaud décéda non sans avoir interdit tout exposition de son œuvre avant 20 ans. Il tomba ainsi dans l’oubli et fut progressivement redécouvert à Lausanne dans les années 1950. Ainsi, bien que sa carrière fût parisienne, modeste, mais parisienne, sa fortune critique posthume est exclusivement vaudoise. Le musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, le musée d’art de Pully, ainsi que le musée Jenisch à Vevey possèdent les ensembles les plus représentatifs de son œuvre. Depuis 1993, les connaissances sur l’artiste ont pris un fort essor grâce à une association des amis et la publication d’un catalogue raisonné en 1999. L’exposition actuelle est l’aboutissement de toutes ses recherches et met particulièrement en valeur l’œuvre de Borgeaud dans le cadre d’une belle maison bourgeoise du 19e siècle, quoique la présentation des toiles consacrées aux mairies, pharmacies et autres intérieurs dans la galerie du sous-sol lui convienne aussi fort bien.

Après avoir évoqué les débuts consacrés au paysage et placés sous l’emprise d’Alfred Sisley, l’accrochage est avant tout thématique et met en évidence le travail par séries, la répétition des mêmes éléments avec de légères variations d’une toile à l’autre.

Matthias Schmied : « Critical Mass of Silence », musée d’art de Pully jusqu’au 15 mars 2015.

Après Sophie Bouvier Ausländer qui avait occupé tout l’espace du musée avec des papiers ciselés, découpés, accrochés, suspendus. Le musée de Pully présente un autre artiste qui travaille le papier en découpage, en guirlandes ou en dentelles, on retrouve un accrochage très fragile qui recourt à d’innombrables épingles, mais dans un esprit très différent.

Matthias Schmied est né en 1976 à Berne, il vit à Paris. Dans cette présentation, intitulée « Critical Mass of Silence », il associe l’écriture et l’image des magazines ou des bandes dessinées pour les transformer en collages-découpages. Il renvoie à la culture populaire aux pin ups, comics et autres superman, spiderman. La démarche de Matthias Schmied est iconoclaste, destructrice et joue avec une série d’interdits, puisqu’il découpe les pages imprimées et ne laisse parfois subsister que quelques lignes de papier avec des traces de couleur. Elle est aussi constructive, virtuose, patiente, décorative et artisanale, car la réalisation de ces travaux suppose une maîtrise étonnante des instruments de découpe. On ressent une forme de jubilation dans cette confrontation entre destruction et construction extrêmement fragile.

Qui dit découpe, dit aussi chablons, pochoirs; l’artiste présente quelques grandes plaques murales découpées. Il a réalisé une inscription à l’aérosol sur un long mur avec l’une de ces plaques. On rejoint alors les pratiques du graffiti, du street art; il crée un pont entre ces pratiques et l’art muséal.

L’une de réalisations caractéristiques de l’artiste est la guirlande de lettres de mots colorés qui ont un côté festif. Les divers découpages d’inscriptions évoquent autant les cartes de vœux un peu kitsch que les réalisations d’artistes contemporains très connus qui pratiquent les inscriptions au néon comme Bruce Nauman ou Jenny Holzer par exemple.

 

Zurich Kunsthaus: Ferdinand Hodler - Jean- Frédéric Schnyder jusqu'au 26 avril 2015

Cet article est fondé sur la visite de trois expositions de l’artiste Jean- Frédéric Schnyder en 2007 à Bâle, en 2012 à Kriens près de Lucerne et en 2014 au Kunsthaus de Zurich.

 

Jean- Frédéric Schnyder né en 1945 s'est d'abord fait connaître par des sculptures, des assemblages liés à la vie quotidienne. Puis il a abordé la peinture, à contre-courant de ceux qui pensaient que ce médium était mort, en suivant un concept, se fixant un objectif. En 1982 - 1983, il réalise 126 vues de Berne qui prennent en compte tous les éléments de la banalité du quotidien. En 1991, il peint une série de 90 salles d'attente de gares suisses toutes au format 30 x 42 cm. Deux ans plus tard il est remarqué à la Biennale de Venise avec une nouvelle série intitulée ironiquement Promenade pédestre consacrée à des vues de l'autoroute A1 qui traverse toute la Suisse d'est en ouest, faites depuis des ponts. Ayant quitté Berne pour Zoug il s'attache à un autre thème très délicat, le coucher de soleil en 1996/97 avec 163 toiles. Il est aussi un collectionneur passionné de cartes postales.

L'exposition de Jean-Frédéric Schnyder au musée d'art contemporain de Bâle (2007) occupe la grande salle du 2ème étage. Elle rassemble plusieurs centaines de peintures, sculptures et objets couvrant toute son activité. Aucun cartel dans l'exposition qui donne un titre ou une date pour les oeuvres exposées. Le catalogue de l'exposition est un grand album reproduisant les oeuvres, mais il n'y a aucun texte.

La Sainte Trinité, la Vierge à l'enfant avec l'âne et le boeuf; une très grand bâche sur laquelle est peinte une danse des morts, voici quelques unes des peintures les plus importantes par leur dimension qui frappent le regard du spectateur lorsqu'il entre dans cette salle. Par ailleurs on retrouve différentes séries de petites toiles sur Berne, sur le coucher de soleil au bord du lac de Zoug, sur le chien de l'artiste ou encore une suite de paysages, sans oublier des compositions abstraites. De nombreux objets et sculptures évoquent un goût et une virtuosité pour la réalisation de toutes sortes de bricolages, Schnyder a toujours affirmé une affinité avec les techniques de l'artisanat. L'une de ses dernières pièces est un ensemble de petits berceaux réalisés avec des coquilles de noix. Il a taillé un totem représentant les membres de sa famille. Il réalise aussi des masques en terre cuite peinte qui révèlent une imagination débordante.

Jean-Frédéric Schnyder s'inspire de l'histoire de l'art à toutes les époques, mais aussi des traditions populaires et des formes triviales de l'expression visuelle, il s'amuse avec les catégories du kitsch, de l'art populaire, du bricolage et de l'Art. Toujours soucieux d'intégrer la pratique artistique dans un contexte social et historique, il rend aussi perceptible le caractère jubilatoire d'une technique maîtrisée.

Bâle Museum für Gegenwartskunst, Jean- Frédéric Schnyder du 28 avril au 26 août 2007.

Museum im Bellpark Kriens: Jean-Frédéric Schnyder Ausstellung 2012 jusqu'au 17 février 2013.

Je n’étais jamais allé à Kriens dans la banlieue de Lucerne, à 10 – 15 minutes en bus de la gare de Lucerne. Bellpark est un parc qui contient un grand chalet et tout près une villa transformée en musée. En face il y a un centre commercial récent avec Migros, poste, logements, etc. C’est dans ce cadre que Schnyder présente ses derniers travaux dans lesquels il renoue avec la sculpture.

Il y a toujours dans le travail de Schnyder une tension entre ironie, voire même satire véhémente et sérieux, sans que l’on sache trop sur quel pied danser !

Ici toute la villa du Bellpark est imprégnée d'une musique de fanfare populaire que le visiteur entend constamment. C'est la bande son d'une vidéo présentée au sous-sol sur trois grands écrans et huit petits, intitulée, Schnapsparade. On y voit des chariots en bois tirés par des chevaux qui transportent de petites bouteilles d'alcool. Ils avancent sur un rail et sont filmés. On retrouve ces 16 chariots comme des jouets dans une vitrine du premier étage sous le titre Corso 2009. A l'image d'un travail qui se déploie entre ironie et taille très sérieuse du bois de châtaignier. De petits signes en relief sont accrochés à une paroi, Nase, 2006 - 2011, un relief en bois coloré représente un paysage: Bild, 2005/2006. Ou bien c'est la maquette de tout un village, Dörfli, 2010/2012, 16 maisons en carton grillagées occupent une salle et font penser à un projet d'urbarnisation. Les quatre pièces intitulées, Tessinerstühle, 2010 évoquent plutôt des serpents ou d'étranges crocodiles vertébrés.

 

Zurich Kunsthaus: Ferdinand Hodler - Jean- Frédéric Schnyder jusqu'au 26 avril 2015.

 

Dans une partie des salles habituellement consacrées aux collections, le Kunsthaus propose une étonnante rencontre, orchestrée par l'artiste Peter Fischli, entre Hodler et Jean-Frédéric Schnyder. Deux séries de peintures de Schnyder sont présentées : Berner Veduten 1982 – 1983 et une série consacrée au lac de Thoune, avec au centre le Niesen, réalisée du 10 octobre au 11 novembre 1995. Une montagne immortalisée par Hodler, mais ce ne sont pas ces paysages de Hodler qui sont montrés. La présentation des xuvres de Hodler nous fait plutôt entrer dans la fabrique du peintre avec un choix important de 35 dessins, souvent de petits croquis et puis aussi 25 toiles. Toutes ces xuvres proviennent des collections du Kunsthaus. Si ce sont plutôt les différences entre les artistes qui sont soulignées, on découvre aussi des similitudes par exemple avec la présentation des carnets de croquis de Schnyder. Les éléments tirés du quotidien prennent la stature de sculptures, d’installations, ainsi un assemblage de chiffons imbibés de peinture, la bicyclette, le sac à dos ou les chaussures du peintre, sans oublier son chevalet. L’exposition n’est pas accompagnée d’un catalogue au sens traditionnel, elle est pourtant marquée par deux publications, un livre oblong reproduit les vues du lac de Thoune par Schnyder et une feuille au format affiche reproduit une partie des œuvres de Hodler avec la liste de toutes les pièces exposées.

24 septembre 2014, art-en-jeu.ch

 

Soleure, Musée des beaux-arts, Silvie Defraoui, Archives du futur jusqu'au 3 août 2014.

En sept salles, l'exposition nous montre des pratiques qui vont de l'utilisation de la lettre à celle de la photographie, document trouvé, réutilisé ou produit, pour terminer avec des images projetées fixes ou mouvantes dans l'obscurité au mur et sur le sol. L'exposition souligne différentes simultanéités: les catastrophes qui rythment le quotidien et la beauté du monde. La perception des spécificités du lieu dans lequel l'artiste intervient et le déplacement vers d'autres espaces, d'autres sites. Vingt années après le décès de son époux (Chérif Defraoui 1932 - 1994), Silvie Defraoui (1935) poursuit son activité. L'oeuvre la plus impressionnante dans cette exposition est proposée dans une série de photographies de presse agrandies, intitulée Faits et Gestes, 2014, qui évoquent des catastrophes liées à l'eau. Inondations, tsunamis sur lesquelles sont ajoutées des photos d'iris bleus magnifiques, soulignant le contraste entre la beauté du monde et les malheurs qui l'habitent. En fait, une fois que l'on a explicité cet élément, on réalise qu'il est constitutif de toutes les oeuvres. Elles sont aussi bien natures mortes, memento mori et prises de position. Silvie Defraoui associe contemplation et engagement, écoute, observation et affirmation. Elle poursuit le concept défini avec son mari comme expression artistique sous le titre Archives du futur, en le renouvelant selon les lieux et les événements. La cadre défini préalablement implique la prise en compte d'un lieu spécifique et un travail sur des images, leur perception, leur usage, présence ou disparition. Cette approche ordonnée, structurée et cohérente n'exclut nullement l'exaltation de la beauté, avec parfois des ruptures, des cassures brutales.

Patrick Schaefer, art-en-jeu.ch, 28 juin 2014

BEX & ARTS Emergences jusqu'au 5 octobre 2014

Bex_& Arts 1er juin - 5 octobre 2014 Emergences (bexarts.ch)

Emergences, le titre de cette douzième édition de Bex & Arts a bien inspiré une grande variété de surgissements, possibles ou improbables, de l'éclair à d'étranges bestioles, paon, singe, buffle, fantômes entre l'homme et l'animal ou encore à l'évocation très concrète de ces hangars, bâtisses utilitaires, séchoir à tabac, container de chantier, projet abandonné, avorté, qui surgissent soudain lorsque l'on se promène dans la campagne. Les passages entre des situations réalistes et l’imaginaire sont mis en évidence, en créant des situations nouvelles, détournées. La Klangskulptur d’Yves Netzhammer est caractéristique. Cet artiste reproduit une tondeuse à gazon, l’enfer des jardins, qui tire une construction de barres métalliques qui carillonnent délicatement au rythme du vent.  Olivier Estoppey, un des habitués du site que l’on retrouve cette année, alors qu’une bonne partie des autres participants, apparaissent pour la première fois ici, a installé un immense filet de mailles métalliques autour duquel défilent cinq paons, il nous transpose dans une volière inattendue. Karsten Födinger joue avec la pente d’un talus très abrupt pour retenir une masse de béton peinte qui souligne les tensions du terrain et l'émergence d'une menace potentielle géométrique et colorée! Le sol, les arbres, les petites constructions existantes ont été utilisés. Alexandre Joly crée un petit temple hindou dans l’une d’elles. Alors que d’autres introduisent de petits édifices comme ce séchoir à tabac construit par Michael Meier & Christoph Franz. La gamme des matériaux utilisés est très vaste. Une cinquantaine d’artistes sont engagés dans 43 projets qui donnent une vie nouvelle, entre réalisme et fantastique au parc de Szilassy à Bex.

Patrick Schaefer, art-en-jeu.ch, le 2 juin 2014

A Genève: Not Vital. Tanter

Le cabinet d’art graphique à Genève propose une exposition Not Vital jusqu'au 13 avril 2014. Elle met en en relation des sculptures et des travaux sur papier. L'exposition comprend une dizaine de sculptures ou reliefs, plusieurs pièces récentes, mais aussi des oeuvres qui remontent jusqu’aux années 1980. Au mur sur papier, on découvre, Impression par jets d’encre ou estampes, mais aussi dessins et collages ; Posés au sol, ou appuyés contre les parois, on trouve des travaux sculptés en marbre, en verre, en bois, en argent, en bronze ou en acier poli. On constate chez Not Vital une fascination pour les matières les plus diverses qui le conduit à les exalter autour de la construction d'un langage qui associe des images réelles et imaginaires. On passe de l'évidence au mystère, de l'étrange au banal, ce qui crée un univers bien spécifique qui fascine, tout en induisant un certain malaise. Des jumelles dans leur étui et une luge en marbre, une paroi en bois de mélèze brut, parsemée de petits orifices, au sol des sculptures qui évoquent des constructions d'Agadez, en argent ou en acier, un trophée de cerf en bronze, des boules en verre de Murano, il y a dans tous ces objets une tension entre la reproduction exacte et la métamorphose par l'usage d'une matière différente de l'original.

En 1990 déjà, le musée Rath à Genève proposait une vaste exposition de l'artiste grison Not Vital ( né en 1948). Originaire de Sent, en Basse-Engadine, il est un véritable nomade qui joue sur un dialogue entre ses origines alpines et les cultures étrangères qui le fascinent et pour lesquelles il s'engage. On peut distinguer deux traits fondamentaux dans son travail: une réflexion sur l'identité, les identités et une fascination pour diverses expressions techniques, artistiques ou artisanales qui vont du verre de Murano à l'argenterie dans le Niger. Ses concepts, ses fascinations, il les exprime dans la sculpture et dans des travaux graphiques. Entre minimalisme et baroque, il joue sur l'exagération des proportions, l'extrême hauteur, l'accumulation, la répétition, la fragilité, il refuse une forme de monumentalité et marque ainsi son engagement. Il s'inscrit dans le mouvement postmoderne et c'est à la fin des années 1980, début des années 1990, qu'il rencontre le plus de succès en Suisse, du moins. Avec des commandes dans l'architecture, une banque à Saint-Moritz, l'hôtel Widder à Zurich, par exemple. Mais indépendamment de l'insertion dans un courant dominant ou non, Not Vital a poursuivi sa démarche qui va de pair avec une découverte, un engagement dans le monde face à d'autres cultures.

Patrick Schaefer, l'art en jeu 18 janvier 2014

 

 

Décembre 2013, réflexion sur la reconstitution d'expositions

La reconstitution des expositions devient une véritable tendance ou un courant. Sans aller jusqu’au travail 1 :1 réalisé à Venise pour When Attitudes Becomes Form Bern 1969/ Venice 2013, la présentation de Beaubourg consacrée à l’objet surréaliste jusqu'au 3 mars 2014 évoque cinq des huit expositions surréalistes par des projections de diapositives et par la reconstitution partielle de certaines salles ou vitrines. 1933, galerie Pierre Colle ; 1936, galerie Ratton; 1938, galerie des beaux-arts avec Marcel Duchamp comme « générateur - arbitre » ; 1947, galerie Maeght et enfin 1959 – 1960, galerie Daniel Cordier. Une place particulière est accordée aux sculptures surréalistes de Giacometti, aux oeuvres plastiques de Calder et de Max Ernst, alors que la dernière salle est entièrement consacrée aux sculptures colorées de Miro inspirées de divers objets quotidiens.

C’est encore à une réflexion sur les grandes expositions et leur impact que nous invite la cité de l’architecture et du patrimoine avec 1925 quand l’art déco séduit le monde jusqu’au 17 février 2014. Centrée sur l’exposition de 1925 à Paris, elle montre des plans et des photographies des divers pavillons. Elle insiste sur le rôle des grands magasins dans la création d’une production spécifique, plus industrielle qu’artisanale comme c’était le cas avec l’art nouveau. Ce n’est pas le mouvement, le style qui sont montrés, mais vraiment l’exposition de 1925 dans un premier espace. Dans un second espace, on évoque l’impact de l’exposition de 1925 et la diffusion d’un style à travers le monde de Tokyo au Vietnam, à l’Afrique du Nord. On souligne aussi le rôle du paquebot Normandie comme promoteur de ce style.

Au Musée Guimet, l'exposition Angkor est aussi avant tout une histoire de la découverte du site et de sa mise en valeur muséographique à Paris. Angkor : Naissance d’un mythe Louis Delaporte et le Cambodge jusqu’au 27 janvier 2014. En effet, elle raconte comment Louis Delaporte fit des relevés, montre ses splendides aquarelles, et des moulages de certaines parties de sites. Il obtint peu à peu des lieux d’expositions d’abord dans l’indifférence, avant que l’on ne s’intéresse vraiment au site. Ces moulages qui avaient été entreposés dans des caisses commencent à faire l’objet de restaurations et certains sont présentés ici.

 Patrick Schaefer L'art en jeu 18 décembre 2013

Galeries nationales du Grand Palais Paris
Félix Vallotton. Le feu sous la glace 2 octobre - 20 janvier 2014 

A l’opposé du parti retenu pour Georges Braque, dont une grande rétrospective est présentée au même moment au Grand Palais, les responsables de l’exposition  Félix Vallotton ont choisi une approche entièrement thématique et non chronologique. Un choix audacieux, mais très bienvenu, qui évite de ressasser toujours la même histoire et qui permet de prendre en compte l’ensemble de la production du peintre.

Félix Vallotton a réalisé 1'700 peintures et 200 gravures. En suivant des fils conducteurs à la fois formels et iconographiques, on saisit la permanence des préoccupations de l’artiste, mais aussi leur évolution. Voici les principaux thèmes retenus : Idéalisme et pureté de la ligne. Perspectives aplaties. Refoulement et mensonges ( critique de la vie bourgeoise). Un regard photographique (il dispose d’un appareil Kodak dès 1899). La violence tragique d’une tache noire (gravures sur bois). Le double féminin. Erotisme glacé et opulence de la matière. Mythologies modernes. C’est la guerre ( la guerre de 1914 - 1918, mais aussi la guerre des sexes).

En visitant successivement les expositions Vallotton et Braque, on constate qu’ils sont deux théoriciens de la représentation et de la peinture. Ils rejettent un certain usage de la couleur et privilégient la construction du tableau. Lorsqu’on regarde un paysage de Vallotton comme Souvenir des Andelys, 1916, on constate que l’on n’est finalement pas très loin des paysages cubistes de Braque.

Patrick Schaefer, l'art en jeu 18 décembre 2

A propos de la Biennale de Venise 2013

Le rôle, la signification de la performance dans l’art contemporain

La présence de la performance dans trois pavillons nationaux à Venise en 2013, ainsi que l'intervention de Tino Sehgal dans le pavillon central des Giardini (Lion d'or cette année) et de Ragnar Kjartansson à l'Arsenale m'amènent à faire quelques réflexions sur ce phénomène. En effet dans le pavillon italien on trouve des performances conçues par Francesca Grilli, Sislej Xafra, Marcello Maloberti, Fabio Mauri, dans le pavillon roumain, une fabuleuse "histoire immatérielle de la Biennale" par Alexandra Pirici et Manuel Pelmus et dans le pavillon russe Vadim Zakharov avec Danae, revisite un thème de l'histoire de la peinture dans une mise en scène qui implique une machinerie, un acteur et le public féminin.

Tino Sehgal est devenu une figure incontournable des expositions d'art contemporain. C'est la cinquième fois que je fais l'expérience de ces productions. En 2009 il était au Kunsthaus et au Haus konstruktiv à Zurich; en 2012 à la Documenta et cette année à Venise (une autre fois déjà à Venise). Ces performances sont de véritables spectacles qui associent le corps et la voix sous la forme du chant ou de la parole. Il rompt la barrière entre spectacle et exposition de manière décisive.

Pourquoi la performance connaît-elle un regain d’intérêt aujourd’hui? Est-elle dématérialisation de l’activité artistique ? ou bien au contraire mise en mouvement d’éléments plastiques vivants, incanation ? Elle implique une forme d’interactivité par l’implication totale du spectateur. Elle implique un détachement du caractère d’objet commercial de l’oeuvre d’art. Elle peut convoyer un message expressif intense ou un message contestataire ou encore incarner une problématique formelle et même s’inscrire dans une tradition iconographique. Elle participe des travaux qui incluent la musique et l’image mouvante. On va vers le cirque, le théâtre, l’oeuvre d’art total. Est-ce une réaction aux valeurs d’interactivité attribuées aux jeux vidéos? internet ? La performance peut être dramatique, intense, recherchant des paroxysmes d’expressionnisme. Il y a aussi l’idée de la mise en mouvement de la sculpture.

Quel genre de participation implique-t-elle ? On constate un retour à l’op art pour les mêmes raisons d’interactivité. Interactivité qui a été mise en avant par les jeux vidéos, internet et que l’on revisite pour en faire l’histoire aujourd’hui, la participation du spectateur (un terme utilisé dans l’art et dans les relations de travail dans les années 1960 !!).

11 octobre 2013

A Lausanne 4 mars 2013

Les expositions thématiques apparaissent de plus en plus comme une alternative aux expositions monographiques et à celles qui sont consacrées à un courant artistique ou à une période spécifique de l’histoire de l’art. Les bases de données, qui sont souvent devenues presque exhaustives, du moins pour les musées d’art facilitent largement l’organisation de ce type d’expositions. Dès l’apparition des premiers fichiers informatisés, on a réalisé le potentiel de développement pour une approche par thèmes, par sujets. Il y a des expositions thématiques très larges et dont l’intérêt est relatif, ainsi par exemple, l’exposition sur l’hiver proposée par le Kunsthaus de Zurich en 2012. Il y a des expositions thématiques qui permettent d’aborder une question centrale dans  la production artistique, alors cela devient passionnant. Assurément, c’est le cas de l’exposition réalisée par la fondation de l’Hermitage à Lausanne et le musée des beaux-arts de Lugano.

L’exposition Fenêtres de la Renaissance à nos jours jusqu'au 20 mai 2013 à la Fondation de l'Hermitage a l’ambition d’explorer avec une forme d’exhaustivité l’iconographie de la fenêtre comme source de lumière sur les natures mortes, comme scène de genre avec la relation intérieur- extérieur, comme objet au XXe siècle, grille pour percevoir et représenter le monde. On va du livre didactique de Dürer, à la photographie et à l’écran, d’ailleurs l’exposition s’achève sur une projection d’Anri Sala. Les oeuvres retenues sont bien choisies et de qualité.

Au rez-de-chaussée des livres et des gravures évoquent la diffusion de la perspective voulue par Alberti dans laquelle la fenêtre joue un rôle central. Des oeuvres hollandaises du XVIIe siècle et surtout des travaux romantiques du XIXe évoquent cette fenêtre sur le monde. Un étage plus haut on est au XIXe siècle avec Vilhelm Hammershoi et au début du XXe siècle avec Bonnard, Marquet, Matisse, Vuillard, Vallotton et Balthus. Au dernier étage, on se concentre sur le surréalisme avec le magnifique Oedipus Rex de Max Ernst , des travaux de Magritte, Delvaux et de Chirico.

Le sous-sol est consacré à l'art du XXe siècle et aux oeuvres contemporaines. Mentionnons Ellsworth Kelly, qui a débuté sa carrière autour de la fenêtre, Sean Scully, fasciné par les parois, les portes, des stills de Robin Rhode autour d'une fenêtre ou d'Alexander Birchler et Teresa Hubbard.

A Lausanne 6 mai 2013

De l'inachevé  exposition Visarte jusqu'au 19 mai

 http://www.visartevaud.ch/expos/de_l_inacheve_expo/

La section vaudoise de Visarte (le syndicat des artistes suisses) propose une méga exposition De l'inachevé avec 400 dessins de 74 artistes appartenant à toutes les générations jusqu'au 19 mai dans les anciennes halles CFF de la gare de Lausanne. 5 fois 40 mètres de rail ont été confiés à 5 commissaires différents pour y présenter les artistes de leur choix. Cette sélection très oecuménique par l'ampleur des domaines d'expression et des générations évoqués assume totalement le caractère horizontal de l'espace, qui serait parfaitement inutilisable dans sa verticalité, pour présenter ces travaux fragiles sur les rails protégés par de simples vitrines plates. Les titres retenus par chaque commissaire-artiste illustrent dans une certaine mesure les thèmes ou les caractères des dessins retenus. Dessin dépouille : Christian Jelk ; dessin embryon : Patricia Glave ; dessin pulsion : Christine Sefolosha ; dessin sismique : Lorna Bornand ; dessin vandale : Daniel Ruggiero. L'éventail de la sélection est très large, il va de croquis d'architectes à des artistes que l'on associe à l'art brut, en passant par la plupart de créateurs les plus actifs dans la région au cours des dernières années.

Ces anciennes halles devaient dans un premier temps être transformées pour devenir le nouveau musée des beaux-arts, finalement elles seront totalement détruites pour abriter 3 musées : les beaux-arts, le mudac(arts déco) et le musée pour la photographie, réunis pour l’instant sous le nom rébarbatif de «pôle muséal».

Le site ayant été interdit d’accès pendant très longtemps, il est sans doute judicieux d’y organiser des manifestations pour que le public prenne conscience de l’ampleur des espaces disponibles. Leur situation est en fait relativement éloignée des voies utilisées actuellement, sous réserve des modifications qu’apporteront les transformations très importantes de la gare ; également prévues pour ces prochaines années. L’intérêt urbanistique que présente pour Lausanne la valorisation de ce site paraît évident, elle rendra vivant un périmètre inemployé, mais son intégration à la ville ne va pas de soi et l’ampleur de la tâche est assez impressionnante, sans même parler des coûts.